It Reaches est un jeu d’horreur en vue subjective, filmé via une bodycam. Coincé dans un hôpital abandonné, vous devez fuir les horreurs souterraines.
Par une nuit sombre et orageuse…
Pour l'agent Jason Thompson, ce qui semblait être une nuit de service comme les autres s'annonçait. Difficile d'imaginer, en effet, que l'appel lui demandant d'enquêter sur des bruits mystérieux provenant d'un hôpital abandonné puisse se transformer en un véritable cauchemar. Du moins, difficile à imaginer si l'on n'est pas le protagoniste d'un jeu vidéo. C'est le point de départ d' It Reaches qui, grâce à une vue caméra corporelle parfaitement adaptée , nous plonge dans un jeu d'horreur et de survie à forte composante psychologique. Le passé tourmenté de Jason s'y mêle à l'histoire, pour le moins inquiétante, de l'établissement abandonné. Traqué par des créatures difformes et hostiles, et par des souvenirs enfouis dans les méandres du temps, notre malheureux policier nous accompagnera pendant quatre à cinq heures, nous offrant une aventure riche et complexe, d'une grande qualité. Ce qui impressionne d'emblée dans le jeu d'Emberflight Games , c'est son rythme. Malgré quelques faiblesses flagrantes dans les derniers instants, il reste remarquablement bien dosé. La première moitié bénéficie d'un équilibre enviable, capable de rivaliser avec les productions les plus prestigieuses, grâce à une alternance efficace entre moments palpitants et phases plus introspectives, axées sur l'exploration. C'est d'autant plus dommage que le scénario ne soit pas à la hauteur des promesses initiales et s'égare sur des chemins prévisibles, pour aboutir à une conclusion précipitée et peu mémorable.
Bien que son gameplay ne soit pas d'une originalité ou d'une innovation flagrantes, It Reaches puise habilement dans l'immensité du genre horrifique, extrapolant des concepts familiers pour les fusionner de manière cohérente et équilibrée. Ne vous laissez pas tromper par la première partie, qui rappelle Outlast , où il vous faudra principalement vous cacher des menaces tapies dans l'ombre, en retenant votre respiration (en appuyant sur la touche correspondante si nécessaire) pour éviter d'être repéré. Si quelques phases d'infiltration persistent tout au long de l'aventure, la situation change dès que Jason s'empare des armes à feu, peu nombreuses mais non moins redoutables. C'est à partir de ce moment que le jeu bascule, faisant d'It Reaches un titre résolument plus axé sur l'action, même si les créatures restent (plus ou moins) invincibles et que les ressources disséminées dans les niveaux ne sont pas particulièrement abondantes. On est confronté à une tension palpable qui équilibre subtilement la nécessité de gérer ses munitions avec le désir de vengeance face aux horreurs que l'environnement nous réserve avant l'épilogue. Cet équilibre est atteint grâce à des combats à l'arme à feu certes basiques, mais redoutablement efficaces, et à la possibilité d'améliorer son arsenal. Quelques énigmes environnementales, certes ni révolutionnaires ni particulièrement difficiles, contribuent également à cet équilibre, s'intégrant à une narration qui alterne entre des solutions plus tranquilles et d'autres résolument plus périlleuses. On y trouve aussi un hommage évident à The Last of Us , que je vous invite à découvrir par vous-même. Au final, le mélange s'avère extrêmement fonctionnel et bien équilibré, malgré les quelques défauts mentionnés, qui rendent parfois la dernière partie du jeu un peu fastidieuse et laborieuse.
Une réalisation efficace.
L'autre atout majeur de « It Reaches » réside dans son approche visuelle unique, qui exploite la caméra corporelle utilisée par les forces de l'ordre pour offrir une perspective subjective d'une grande efficacité. Les interférences et les distorsions visuelles, combinées aux mouvements qui accompagnent les moments d'angoisse de Jason, traduisent parfaitement la terreur ressentie par notre protagoniste. Ce procédé masque en partie les contraintes budgétaires de la production, grâce à la manière dont il filtre la nature des graphismes, dont la réduction physiologique s'accorde bien avec les images basse définition capturées par la caméra. Malgré ces limitations, l'impact esthétique est loin d'être désagréable, notamment grâce à une direction artistique réussie, en particulier dans les scènes se déroulant dans un environnement humain. Nous n'en dirons pas plus. L'audio est également impressionnant, notamment grâce à l'expressivité émotionnelle de Jason : l'entendre gémir et haleter de terreur alors même que l'environnement semble inexorablement prêt à l'écraser rend la tension palpable. Les effets sonores sont également efficaces et renforcent constamment le malaise ressenti, grâce en partie à un excellent rendu spatial. Il va sans dire que « It Reaches » s'apprécie pleinement avec un casque. La localisation des textes en français pourrait être améliorée ; bien qu'appréciée, elle comporte des erreurs flagrantes qui semblent davantage imputables à une intelligence artificielle qu'à un humain. It Reaches ne deviendra peut-être pas la nouvelle référence du genre, mais il mérite l'attention, surtout pour ceux qui recherchent un jeu d'horreur court et intense, doté d'idées suffisamment audacieuses pour se démarquer des innombrables imitateurs d' Outlast.

VERDICT
-
It Reaches se distingue comme une expérience perfectible, mais néanmoins marquante dans le paysage horrifique contemporain. Sans révolutionner le genre, le jeu mélange habilement des éléments familiers, trouvant un équilibre entre vulnérabilité et puissance offensive qui rompt la monotonie de tant de titres indépendants se ressemblant comme deux gouttes d'eau.