Frankenstein
Plate-forme : Bande Dessinée
Date de sortie : 15 Avril 2026
Résumé | Test Complet | Actualité
Editeur :
Développeur :
Genre :
Bande dessinée
Multijoueur :
Non
Jouable via Internet :
Non
Test par

Nic007


8/10

Scénario et dessin : David Sala

Même ceux qui lisent rarement, voire jamais, peuvent se représenter ce que le nom de Frankenstein évoque : un monstre hideux, créé par un savant fou qui se lance dans une série de meurtres, le tout dans un univers de nuits orageuses, de châteaux gothiques et de personnages peu engageants à l’accent allemand. Durant ses études en Allemagne, le solitaire Viktor conçoit l'idée de créer un compagnon à partir de morceaux de cadavres : une créature merveilleuse qui couronnerait le progrès scientifique. Il réussit son entreprise, mais recule aussitôt lorsque sa création prend vie et se révèle sauvage, ressemblant davantage à un monstre qu'à un homme. Ce moment est symbolique de leurs deux vies : Frankenstein sombre dans un délire persistant où il se sent puni d'avoir voulu jouer à Dieu, et le monstre quitte son laboratoire, terrifié, pour disparaître dans la nature vierge du sud de l'Allemagne. Pour Viktor, les problèmes ne commencent véritablement qu'avec le meurtre brutal de son jeune frère. De retour auprès de sa famille à Genève, il est profondément convaincu que sa créature monstrueuse est responsable, bien qu'un ami proche soit accusé et finalement exécuté lui aussi. Ces événements font naître chez Frankenstein un profond sentiment de culpabilité et de haine de soi, qu'il projette sur son malheureux animal. Désabusé, Viktor s'aventure dans les Alpes, où il tente de se retrouver. La contemplation des montagnes majestueuses, des forêts sombres, des rivières sauvages et des autres vastes paysages éveille en lui de profondes émotions, inscrivant ainsi Frankenstein, à cet égard, parfaitement dans la lignée de la littérature romantique.

Frankenstein de David Sala est bien plus qu’une simple énième déclinaison du mythe. C'est un roman graphique magistral de 220 pages qui extirpe l’œuvre de Mary Shelley de son imagerie gothique traditionnelle pour en faire un manifeste esthétique et profondément moderne. L'auteur  choisit d'oublier la langue parfois ampoulée ou purement romantique du XIXe siècle pour proposer un texte épuré et modernisé. L'histoire reste fidèle à l'ossature de Mary Shelley : le jeune et arrogant savant Victor Frankenstein, obsédé par le secret de la vie, assemble une créature avant de l'abandonner à son sort face à l'horreur de son propre acte. Cependant, Sala insiste sur les échos terriblement contemporains du récit. Victor incarne la bourgeoisie hautaine, déconnectée des conséquences de ses ambitions. Le "monstre" est ici traité comme un enfant abandonné, une figure universelle de l'altérité rejetée par la société. Pour appuyer cette humanité, David Sala intègre une séquence inédite par rapport au roman original — une rencontre poignante entre la créature et une jeune femme — qui renforce magnifiquement le tragique de sa solitude. Connu pour son utilisation picturale de la bande dessinée (Le Joueur d'échecs, Le Poids des héros), David Sala livre ici un travail en couleurs directes qui relève du tour de force. Sala s'éloigne des clichés de l'horreur en noir et blanc ou des châteaux sombres. Il insuffle à ses planches une influence picturale majeure, rappelant parfois le travail de Gustav Klimt pour ses motifs et ses textures, ou de Vincent Van Gogh pour l'intensité des ciels et de la nature. C'est un véritable maelström de formes et de teintes. L'auteur n'utilise pas la couleur pour faire "joli", mais pour dicter l'émotion. Il a d'ailleurs confié avoir laissé une grande part à l'improvisation lors de la peinture pour capter la justesse de l'instant. Les paysages de glace du début et de la fin écrasent le lecteur par leur immensité froide. Les scènes de fureur et de traque baignent dans des contrastes chromatiques violents. Les nombreuses cases muettes tirent leur puissance de la seule force des regards, notamment celui de la créature, qui hante le lecteur bien après la fermeture de l'album.

VERDICT

-

Le Frankenstein de David Sala réussit le pari immense de réinventer un mythe que l'on croyait figé. Grâce à son grand format qui donne une amplitude totale à ses peintures, Casterman offre un écrin parfait à ce qui s'impose comme un chef-d'œuvre esthétique. C'est un album puissant, vénéneux et politique,.

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