Scénario et dessin : Pain(t)
L'histoire s'ouvre à El Pueblo del Bonito Ponton, une colonie espagnole totalement paumée. Le père Bartolomé et son fidèle serviteur Samedi (qui s'exprime avec la délicatesse d'un charretier) voient débarquer une imposante flotte royale. À son bord : le redoutable et arrogant Capitaine Sabuesco. Sabuesco est investi d’une mission capitale : retrouver la goélette La Cintia, un navire disparu qui transporte un précieux et mystérieux trésor. Sentant la bonne affaire et fatigué de la misère locale (l'Église, c'est bien, mais ça ne remplit pas les assiettes), le père Bartolomé décide de duper le capitaine en l'envoyant sur une fausse piste. Accompagné de Samedi et d'un soldat rebelle, le curé se lance dans une course contre la montre pour griller la politesse aux militaires et s'emparer du butin. C’est le début d'un road-trip foireux à travers l'enfer vert.
Après s'être fait remarquer avec le décalé « Le bon, la brute et les schtömeuls », Pain(t) revient avec un one-shot d'aventure historique complètement givré, qui troque le clin d'œil à Tintin et la Lune pour une expédition moite et cynique en pleine Amérique du Sud coloniale. La grande force d'« On a marché dans la jungle » réside dans son traitement narratif. Pain(t) fait le choix brillant de casser le décorum de l'époque coloniale en dotant ses personnages d'un parler ultra-moderne, caustique et cynique. Le décalage est immédiat et savoureux, les répliques fusent comme des flèches. Le trio principal passe son temps à se disputer, les reproches mutuels agissant comme le véritable moteur comique de l'album. Entre la naïveté feinte du curé, le réalisme désabusé de son serviteur et la violence latente de la jungle, l'humour noir grince à chaque page. Plus les conditions de voyage deviennent difficiles, plus les masques tombent, transformant cette chasse au trésor en un jeu de dupes hilarant où la crise de nerfs n'est jamais loin. Graphiquement, Pain(t) impose un parti pris esthétique très fort et original. Les protagonistes sont dessinés de manière minimaliste, presque comme des "bonhommes bâtons" améliorés en noir et blanc, simplement caractérisés par leurs attributs (la soutane du prêtre, le chapeau, etc.). Ce minimalisme des personnages contraste superbement avec la jungle environnante. Celle-ci est foisonnante, immersive et surtout extrêmement colorée, écrasant les personnages de sa superbe et de son hostilité. Ce choix de mise en scène renforce l'absurdité de la situation : de petits êtres cyniques et monochromes qui s'écharpent au milieu d'une nature sauvage, majestueuse et technicolor.
VERDICT
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« On a marché dans la jungle » est une véritable pépite d'humour absurde et d'aventure. Sous ses airs de farce minimaliste, l'album de 72 pages se révèle être un récit mené de main de maître, drôle, intelligent et férocement ironique sur la nature humaine.