Scénario : Dominique Latil
Dessin : Romain Sordet
Le récit s’ouvre à Paris, au tout début du XXe siècle, en plein concours Lépine. C'est l'aube de l'automobile et la question de l’énergie qui propulsera le siècle à venir reste entièrement ouverte : charbon, pétrole, hydrogène ? C'est là qu'entre en scène Maddie Clarke, une jeune et brillante inventrice française. Elle présente le Gear (Générateur d'Électricité Aérobique Récursif), une invention révolutionnaire capable de générer de l'électricité propre, compacte et sans besoin de recharge. Malheureusement, face au scepticisme et à la misogynie de l'assemblée, la démonstration tourne au fiasco et se termine par une terrible explosion. Ruinée mais déterminée à prouver la valeur de sa technologie, Maddie n'a plus qu'une chance : participer à la "Course du Siècle" organisée à travers les États-Unis. Face aux mastodontes de l'industrie capitaliste prêts à tout pour imposer le pétrole ou le charbon, Maddie s'associe à Lewis Carver, un motard cascadeur intrépide et déclassé surnommé "Le trompe-la-mort". Ensemble, sur leur engin propulsé par le Gear, ils se lancent dans une traversée des USA haletante pour défendre une autre vision du futur.
Après leur collaboration réussie sur la trilogie Téléportation Inc., les deux auteurs reviennent en force avec un récit complet qui mélange habilement uchronie, aventure rétro-futuriste et critique sociale. Le cœur du récit repose sur l'alchimie immédiate entre Maddie et Lewis. Maddie incarne l'intelligence, la rigueur scientifique et la résilience face à un système patriarcal qui tente de la reléguer au second plan. Lewis apporte le dynamisme, l’audace physique et le sens du spectacle. Tous deux partagent une profonde humanité qui dénote face aux concurrents de la course, cyniques et impitoyables. Dominique Latil signe un scénario d'une grande efficacité. La narration est fluide et le rythme s'accélère au fil des étapes (déserts, forêts, plaines américaines). Bien que l'histoire tienne en 64 pages, l'univers uchronique/steampunk est posé de manière très organique, sans lourdeur explicative. On retrouve un souffle romanesque proche des "Fous du volant" version rétrofuturiste, mâtiné de récits d'aventures à la Jules Verne. Sous couvert d’une grande aventure technologique, la BD égratigne subtilement les travers de l'époque qui résonnent fortement avec nos problématiques contemporaines : La misogynie et le sexisme (la place des femmes dans les sciences au début du siècle), le capitalisme sauvage et la guerre industrielle pour le monopole des énergies fossiles, ainsi que le racisme, esquissé en toile de fond à travers la société américaine de l'époque. Le travail visuel est un des gros atouts de l'album. Le trait de Romain Sordet est d'un dynamisme remarquable, idéal pour retransmettre l'impression de vitesse et le gigantisme des décors américains. Le design des véhicules prototypes (mêlant designs rétro et technologies imaginaires) est particulièrement soigné. Ses choix de couleurs soutiennent parfaitement l’ambiance, passant de la grisaille parisienne industrielle aux teintes lumineuses et poussiéreuses des grands espaces américains.
VERDICT
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L'Équipée du siècle est une lecture hautement plaisante, qui combine efficacement divertissement et critique de la confiscation du progrès technologique par les puissants. Bien que l'histoire se suffise à elle-même, la fin ouverte laisse subtilement la porte ouverte à d'autres aventures qu'on suivrait avec grand plaisir.