Scénario et dessin : Manolo Carot
L'action se situe dans un futur lointain où l'humanité a perdu la partie. Les androïdes, devenus les maîtres du monde, ont banni les hommes. Les seules représentantes de notre espèce sont des femelles créées en laboratoire, véritables objets de luxe destinés au plaisir des machines les plus riches. Cependant, une ironie biologique s'est glissée dans leur code génétique : ces femmes produisent une bactérie dévorante qui ronge le métal et les circuits des robots. Le seul remède pour les androïdes ? L'énergie dégagée par les décharges électrostatiques lors de rapports sexuels fréquents. Dans ce monde de mort et de corruption, le sexe devient une monnaie d'échange vitale, une source d'énergie et une arme de survie.
Cet album est une pièce historique pour les fans de l'auteur. Il compile les histoires courtes publiées par Man dans les années 2000 au sein du magazine français "La Poudre aux Rêves". Ces récits courts permettaient à l'époque à Man d'expérimenter des concepts graphiques et narratifs très libres. On y voit l'évolution de son trait, passant d'un style un peu plus "brut" à la sophistication anatomique qu'on lui connaît aujourd'hui. Pourquoi cet album est singulier ? Man mélange ici deux esthétiques opposées : Le froid mécanique (Les décors urbains, les câbles, les circuits et la dureté des robots) avec le chaud organique (La peau, les fluides et la vulnérabilité des humaines). Le concept de la "bactérie anti-organique" est une trouvaille géniale qui lie organiquement le sexe à l'intrigue de science-fiction : ici, l'érotisme n'est pas un prétexte, il est le moteur même du récit. Même à ses débuts, Manolo Carot faisait preuve d'une compréhension incroyable du corps humain. Son dessin est très dynamique, presque cinématographique. Il excelle à rendre la sensualité des personnages féminins tout en gardant une certaine noirceur dystopique. Sous le couvert de récits érotiques explicites, l'album pose la question de ce qui reste de l'humain quand il est réduit à sa fonction biologique de "batterie" ou d'"outil de friction". C'est un monde désenchanté, typique de la science-fiction des années 2000, où le plaisir est teinté de désespoir.
VERDICT
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"Des vices et des os" est à la fois un bel objet de collection et une œuvre de SF transgressive qui n'a rien perdu de sa force visuelle. L'originalité du scénario global (l'humain comme virus destructeur de machines) donne une vraie profondeur aux scènes érotiques.