Thérèse ( Rooney Mara ) mène une vie confortable. Elle occupe un emploi stable de vendeuse dans un grand magasin et est mariée à Richard ( Jake Lacy ), qui l'aime et souhaite l'épouser. Mais ce n'est pas la vie dont elle rêve vraiment ; au fond d'elle, elle sait qu'il doit y avoir autre chose. Cette conviction s'intensifie lorsqu'elle rencontre Carol ( Cate Blanchett ), une femme plus âgée. Thérèse est captivée par l'élégance de la cliente, et Carol, de son côté, est attirée par la jeune femme. Cependant, leur idylle naissante se heurte à une forte opposition. Non seulement une relation lesbienne est impensable dans les années 1950, mais Carol est également mariée à Harge ( Kyle Chandler ), qui refuse de la laisser partir.
Pour ses films, Todd Haynes est souvent comparé aux deux maitres du mélo hollywoodien, Sirk et Minelli. C'est plus que justice mais Haynes a incontestablement quelque chose en plus que ces deux faiseurs de rêve. Tout d'abord un regard profondément critique sur cette haute société newyorkaise, que Carol ne supporte plus, dont la bêtise et le matérialisme font clairement écho à notre époque. Et une grande lucidité sur l'isolement de ceux, celles en l'occurrence, qui fuient cette société fermée sur elle-même et dominée par un patriarcat complètement éculée. Le film se réchauffe soudainement quand Carol sort de son carcan et l'on est alors submergé par l'émotion portée par ces deux personnages tout entier dans leur fragilité : celle de la passion vécue. La force de ce film est qu'il n’est pas un manifeste bruyant de l'anticonformisme mais plutôt celui, subtil, d’une vie choisie. Cette émotion qui nous soulève n'est pas uniquement celle de la passion amoureuse mais celle d’une révélation : c'est le désir de liberté qui fait de nous des êtres vivants. Le film est tiré d'une œuvre célèbre : *The Price of Salt* de Patricia Highsmith avait fait grand bruit en 1952. Une histoire d'amour entre deux femmes n'était pas vraiment bien vue à l'époque. Il est d'autant plus remarquable, dès lors, que l'auteure ait permis aux deux protagonistes d'explorer librement leurs sentiments, sans les condamner ni les punir pour ces émotions taboues. Ce volet historique est aussi le plus intéressant du film : Carol offre un aperçu de la situation des homosexuels à l’époque, au mieux ignorés, au plus souvent ostracisés publiquement. Cependant, le drame n’explore pas particulièrement cet aspect. Mis à part les batailles juridiques que Carol mène avec son mari pour la garde de leurs enfants, rendues encore plus sordides par son infidélité avec une femme, l’homosexualité ne joue aucun rôle significatif dans le film. Harge et Richard sont indignés, moins parce que leurs femmes s’unissent à d’autres femmes que parce que ces dernières ne suivent pas la voie tracée par les hommes. Elles choisissent quelqu’un d’autre qu’elles-mêmes. Le jeu des acteurs est bon, même excellent, comme on pouvait s'y attendre avec une telle distribution. La manière dont Blanchett et Mara donnent vie à leurs personnages respectifs, souvent par de simples gestes, est une démonstration impressionnante de leur talent. Cependant, art et artifice sont souvent intimement liés : Carol est un film visuellement époustouflant, avec des décors incroyables et des costumes magnifiques.
VERDICT
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Outre les indéniables qualités du film, la mise en scène, le jeu des actrices, la musique... on sera particulièrement reconnaissant à Todd Haynes d'avoir évité avec élégance le mélo typique du ciné hollywoodien. Tout en retenue, Carol est sublime de bout en bout.